« yves-de-chartres-251 »


Général

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    Yves, évêque de Chartres

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    Manassès 1er, évêque de Meaux

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    après 1103 - avant 1116

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    n.c.

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    Lettre

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    Manassae, Dei gratia Meldensium episcopo(1), Ivo, humilis Carnotensis Ecclesiae minister, salutem et servitium.

    Quaesitum est nuper a parvitate mea ex parte abbatissae Jotrensis monasterii(2) utrum deliquerint presbyteri qui cuidam aegroto ex consuetudine post prandium vomenti viaticum(3) dare non fuerunt ausi, eodem aegroto consulente ut differrent in crastinum, quatenus hoc sacramentum jejunus acciperet(4) et eidem(a) sacramento debitam reverentiam pro viribus exhiberet ; quo audito languentis pietatem laudavi et presbyterorum diligentem negligentiam in quo reprehenderem non inveni. Pius fuit in hoc languentis timor, pia fuit medicinae dilatio. In utroque ergo non fuit culpabilis negligentia, sed salubris et cauta diligentia, ubi nec medicus suo defuisse videtur officio, nec moriens divino caruisse beneficio. Unde Augustinus de acceptione eucharistiae ita scribit(5) : « Faciat unusquisque quod secundum fidem suam pie credit esse faciendum. Neque enim litigaverunt inter se aut quisquam se alteri proposuit, Zachaeus et ille centurio, cum alter eorum gaudens in domo sua suscepit Dominum(6), alter dixerit(7) : “Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum”, ambo Salvatorem honorificantes, quamvis non uno modo, ambo peccatis miseri, ambo misericordiam consecuti. » Moneo itaque dilectionem vestram ut rei veritatem investigetis et, si ita se veritas habet, nullum inde scandalum in Ecclesia faciatis(8), ne aut nimiae imputetur simplicitati, aut alicui occultae cupiditati. Valete.


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    ei éd.

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    Voir lettre 113.
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    Notre-Dame de Jouarre, cant. Ferté-sous-Jouarre, arr. Meaux, Seine-et-Marne, diocèse de Meaux. L'abbesse est Guiburgis, GC 8, 1711. On ne sait rien sur elle, elle apparaît seulement au nécrologe.
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    Les canons n'envisagent pas expressément le cas de vomissement causé par une maladie : Bède, Poenitentiale animarum, c. 20, De ebrietate, PL 94, col. 573, juge du cas de vomissement dû à l'ébriété. Yves, Décret 2, 55 ; Panormie 1, 154 (Gratien, DC 2, 28) ; le pénitentiel de Théodore et le pénitentiel romain, Yves, Décret 2, 57-58, traitent du sacrificium vomi sans préciser la cause mais punissent plus gravement s'il est ensuite donné aux chiens.
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    Sur la nécessité d'être à jeun pour recevoir les sacrements, une des sources est Augustin, ep. 54 ad Januarium (lettre citée infra par Yves), c. 6. Yves, Décret 2, 112 ; Panormie 1, 145 (Gratien, DC 2, 54). Mais la règle n'est pas nette en ce qui concerne le viatique, pour lequel il y a exception et qui ne doit pas être refusé : Poenitentiale romanum, De dispensationibus sacrificii, PL105, col. 702 : Qui acceperint sacrificium post cibum, aut post parvissimam aliquam refectionem, nisi pro viatico, pueri tres dies, majores septimanam, clerici viginti dies, Yves, Décret 2, 45, avec inscription Euticien, c. 2. Concile d'Agde, c. 25 : Viaticum tamen omnibus in morte positis non negandum. Yves, Décret 15, 17. Concile de Nicée, c. 13, De his qui ad exitum veniunt, etiam nunc lex antiqua, regularisque servabitur, ita ut si quis egreditur de corpore, ultimo et necessario viatio minime privetur, Yves, Décret 15, 31.
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    Augustin,ep. 54 ad Januarium, c. 4, CCSL 31, p. 229. Yves, Décret 2, 26.
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    Luc. 19, 2-8.
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    Matth. 8, 8.
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    Voir lettre 73.

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    Avranches, BM 243, 129v
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    Montpellier, Ecole de médecine H 231, 93

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    À Manassès, par la grâce de Dieu évêque de Meaux, Yves, humble ministre de l'Église de Chartres, salut et service.

    Il a été demandé récemment à ma petitesse, de la part de l'abbesse du monastère de Jouarre, si avaient péché des prêtres qui n'ont pas osé donner le viatique à un malade qui avait l'habitude de vomir après le repas, le malade en personne leur conseillant de différer jusqu'au lendemain pour recevoir à jeun ce sacrement et manifester selon ses forces la révérence qui est due à ce sacrement ; l'ayant appris, j'ai approuvé la piété du malade et je n'ai pas trouvé en quoi je réprimanderais la scrupuleuse abstention des prêtres. En ce fait, pieuse fut la crainte du malade, pieux fut l'ajournement du remède. Pour l'un comme pour l'autre, il y eut non pas abstention coupable mais scrupule sain et prévoyant, là où l'on ne voit ni le médecin avoir manqué à son office, ni le mourant s'être privé du bienfait divin. Aussi Augustin écrit-il ainsi à propos de la réception de l'eucharistie : « Que chacun fasse ce qu'il croit devoir être fait selon sa foi. Car ils ne se disputèrent pas entre eux ou aucun ne se plaça devant l'autre, Zachée et ce centurion, quand l'un d'eux accueillit avec joie le Seigneur dans sa maison et que l'autre dit : “Seigneur je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit”, honorant tous les deux le Sauveur, bien que ce ne fût pas d'une unique manière, tous deux misérables par leurs péchés, tous deux obtenant miséricorde. » C'est pourquoi je conseille à votre dilection de vous informer de la vérité des faits et, si la vérité se trouve être telle, ne faites aucun scandale dans l'Église pour cela, de peur que ce ne vous soit imputé soit à une trop grande simplicité soit à quelque cupidité voilée. Adieu.

Informations

Acte

admin ydc (IRHT), dans  Yves de Chartres

Lettres d'Yves de Chartres, éd. G. Giordanengo (agrégée de l'Université), éd. électronique TELMA (IRHT), Orléans, 2017 [en ligne], acte n. 21189 (yves-de-chartres-251), http://telma-chartes.irht.cnrs.fr/yves-de-chartres/notice/21189 (mise à jour : 21/09/2017).