« yves-de-chartres-238 »


Général

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    Yves, évêque de Chartres

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    Pascal 2, pape

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    après 1111 - avant 1112


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    [1111-1112]

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    Lettre

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    Domno et patri suo Paschali, summo pontifici, Ivo, humilis Ecclesiae Carnotensis minister, filialis obedientiae famulatum.

    Novit paternitas vestra quia regnum Francorum prae caeteris regnis sedi apostolicae semper fuit obnoxium ; et idcirco quantum ad ipsas regias personas pertinuit, nulla fuit divisio inter regnum et summum(a) sacerdotium(1). Quod ergo hactenus cum pace et utilitate Ecclesiae observatum est, humiliter petimus ut de caetero observetur et regni Francorum pax et summi sacerdotii nulla subreptione dissolvatur. Quod idcirco praelibamus quia audivimus clericos Tornacenses ad apostolicam sedem venisse, petituros ut apostolica praeceptione proprium possint habere episcopum et Noviomensis Ecclesiae frustrare privilegium(2). Quod ne fiat, sicut filii et fideles, rogamus et consulimus ut statum Ecclesiarum, qui quadringentis ferme annis duravit, inconcussum manere concedatis, ne hac occasione schisma quod est in Germanico regno adversus sedem apostolicam in Galliarum regno suscitetis. Nec in hoc resistimus quin possit sedes apostolica parrochiarum amplitudinem minorare aut brevitatem dilatare, si utilitas populi Dei ita exigat(3) et nullum inde schisma contingat. Quia ergo rex Francorum(4), utpote homo simplicis naturae, erga Ecclesiam Dei est devotus et sedi apostolicae benevolus, petimus et consulimus ut a benevolentia ejus nulla vos subreptio subtrahat, nulla persuasio disjungat. Novit enim paternitas vestra quia cum regnum et sacerdotium inter se conveniunt bene regitur mundus, floret et fructificat Ecclesia. Cum vero inter se discordant, non tantum parvae res non crescunt, sed etiam magnae res miserabiliter dilabuntur. Ad hoc(b) quod petimus cum coepiscopis nostris non est contra majestatem sedis apostolicae, non est contra utilitatem, ut non dicam dignitatem, Tornacensis Ecclesiae, servare terminos antiquos quos Patres eorum posuerunt et longa antiquitate servaverunt(5). Praeterea cum dignitas episcopalis paupertatem his diebus honeste ferre non valeat, providendum est ne ista divisione uterque episcopus fiat pauper, quod testantur Noviomenses qui utriusque Ecclesiae experti sunt facultates.

    De caetero, si causa Milonis et filiae comitis Stephani(6) ad aures vestras pervenerit, sciat vestra paternitas quia Milo priorem uxorem canonice non dimisit et filiam comitis Stephani, sicut judicio episcoporum probatum est, canonice non accepit. Valete.


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    om. éd.

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    haec AM


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    Discordiam regni et sacerdotii, Lambert d'Arras, Regeste, E. 116 [1111-1113], éd. citée, p. 486.

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    Les évêchés de Noyon et de Tournai qui avaient été réunis sous l'évêque Médard en 532 ne furent séparés qu'en 1148. Leur séparation ne cessait d'être revendiquée, soutenue par l'empereur dont dépendait Tournai. DHGE VI, 1438. Lambert d'Arras, ibid, E. 47, 48 [1098].

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    De nombreux texte canoniques rappellent que la création ou la suppression d'un siège épiscopal relèvent de la seule compétence du pape ; Grégoire VII, Dictatus papae 7 : Quod illi soli licet pro temporis necessitate... novas plebes congregare... et e contra divitem episcopatum dividere et inopes unire. Autres exemples : Restauration par Urbain II du siège d'Arras, séparé de Cambrai, Lambert d'Arras, éd. citée, Gesta. Orange séparé de Saint-Paul-Trois-Châteaux, le 27 août 1107, par Pascal II : ut ecclesiam Aurasicensem a conjunctione Tricastrine, cui pro necessitate temporum fuerat conjuncta, liberaret, et cessante tandem necessitate et gratia divina superveniente, eis proprium episcopum donaret, rogaverunt. GCNma, Orange, n° 66, confirmé le 18 oct. 1112, ibid., n° 72. Pascal II, ep. 16, 35, 347, PL 162, col. 38, 58, 304.

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    Louis VI. Il serait lésé car la partie de l'actuel évêché dépendant de l'empire, Tournai, devenue évêché indépendant lui échapperait totalement.

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    Prov. 22, 28, voir lettre 203. Il s'agit de l'évêque Médard, voir note supra.

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    Milon II, seigneur de Bray, vicomte de Troyes, a épousé la fille d'Étienne-Henri, comte de Blois et de Chartres, et sœur de Thibaud II. Suger, Vie de Louis VI, ch. 19, relate le mariage (1111-1112), éd. citée, p. 149, et dit qu'il fut rompu pour cause d'inceste (1113), ch. 23, p. 173.


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    a. Avranches, BM 243, 124v-125


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    M. Montpellier, Ecole de médecine H 231, 89rv



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    À son seigneur et père Pascal, souverain pontife, Yves, humble ministre de l'Église de Chartres, la soumission d'une obéissance filiale.

    Votre paternité sait que le royaume des Francs plus que tous les autres royaumes a toujours été soumis au siège apostolique ; et c'est pourquoi, autant qu'il a tenu aux personnes royales elle-mêmes, il n'y eut aucune division entre le royaume et le souverain sacerdoce. Donc ce qui jusqu'à maintenant a été observé pour la paix et l'utilité de l'Église, nous demandons humblement que ce soit observé à l'avenir et que ne soit dissoute par aucune tromperie la paix entre le royaume des Francs et le souverain sacerdoce. La raison pour laquelle nous le rappelons est que nous avons appris que des clercs de Tournai étaient venus auprès du siège apostolique pour demander de pouvoir, par une prescription apostolique, avoir un évêque en propre et réduire le privilège de l'Église de Noyon. Pour éviter que cela ne se fasse, en fils et fidèles nous vous demandons et vous conseillons d'accorder que reste inchangé le statut des Églises, qui a duré depuis à peu près quatre cents ans, de peur qu'à cette occasion vous ne suscitiez contre le siège apostolique dans le royaume des Gaules le schisme qui existe dans le royaume germanique. Nous ne nions pas que le siège apostolique puisse, parmi les paroisses, en diminuer une grande ou en agrandir une petite, si l'utilité du peuple de Dieu l'exige ainsi et si aucun schisme n'en résulte. Mais parce que le roi des Francs, en tant qu'homme d'une nature simple, est dévoué à l'Église de Dieu et bienveillant envers le siège apostolique, nous demandons et conseillons qu'aucune intrigue ne vous éloigne de sa bienveillance, qu'aucun argument ne vous en sépare. Car votre paternité sait que, quand le royaume et le sacerdoce s'accordent entre eux, le monde est bien dirigé, l'Église fleurit et fructifie. Mais quand ils sont en désaccord, non seulement les petites choses ne prospèrent pas, mais même les grandes s'écroulent misérablement. Et ce que nous demandons avec nos collègues évêques ne va pas contre la majesté du siège apostolique, ne va pas contre l'intérêt, pour ne pas dire la dignité, de l'Église de Tournai, c'est conserver les anciennes limites qu'ont fixées leurs Pères et qu'ils ont conservées par une longue ancienneté. En outre comme la dignité épiscopale ne peut pas en ces jours supporter honorablement la pauvreté, il faut craindre que par cette division chacun des deux évêques ne devienne pauvre, ce qu'attestent les habitants de Noyon qui profitent des ressources de chaque Église.

    Par ailleurs, si la cause de Milon et de la fille du comte Étienne est parvenue à vos oreilles, que votre paternité sache que Milon n'a pas renvoyé canoniquement sa première épouse et n'a pas reçu canoniquement la fille du comte Étienne, comme cela a été prouvé par un jugement des évêques. Adieu.

Informations

Acte

admin ydc (IRHT), dans  Yves de Chartres

Lettres d'Yves de Chartres, éd. G. Giordanengo (agrégée de l'Université), éd. électronique TELMA (IRHT), Orléans, 2017 [en ligne], acte n. 21176 (yves-de-chartres-238), http://telma-chartes.irht.cnrs.fr/yves-de-chartres/notice/21176 (mise à jour : 21/09/2017).