« yves-de-chartres-230 »


Général

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    Yves, évêque de Chartres

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    Hildebert, évêque du Mans

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    après 1097 - avant 1116

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    n.c.

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    Lettre

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    Hildeberto, Dei gratia Cenomanensium episcopo, Ivo, eadem gratia Carnotensis Ecclesiae minister, salutem et dilectionem in Christo(a).

    Quoniam a principio conditionis humanae naturali institutione conjugium constat esse sancitum, nullum credo posse fieri divortium, nisi causa interveniat quam lex admittit aut Evangelium. Adhuc enim vigebant Judaeorum et gentilium, secundum legem naturalem, sociata conjugia, et nulla vel rarissima erant Christianorum connubia quando apostolis interrogantibus « si licet homini uxorem dimittere quacumque ex causa(1) » responsum est a Domino nullum conjugatorum fieri posse divortium « excepta fornicationis causa(2) ». Sed quia, secundum apostolicam doctrinam, thorum immaculatum et honestum connubium oportet esse in omnibus(3), crescente religione christiana, ad causas divortii additus est incestus ; qui, si in aliqua copula repertus fuerit, non potest probari thorus esse immaculatus et honestus. Hoc ergo mihi considerandum videtur de muliere quae relicto Judaismo convolavit ad baptismum, utrum consanguinea fuerit prioris mariti an non. Quod si repertum fuerit, credo, secundum legem Christianam quam professa est, a priori marito posse dissolvi et nubere cui velit in Domino(4) ; alioquin vir cui nupserit adulter erit et ipsa adultera ; « baptismus enim », secundum Innocentium papam(5), « peccata dimittit, non conjugia solvit. » Hoc de proposita quaestione sentio, sine melioris sententiae praejudicio. Valete.


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    salutem et servitium éd.

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    Matth. 19, 3.
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    Matth. 5, 32.
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    Hebr. 13, 4.
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    I Cor. 7, 39. Voir lettre 166.
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    Innocent, ep. 2, c. 5, ad Victoricum, Fausses décrétales, éd. Hinschius, p. 530. Yves, Décret 6, 55 (Gratien, D. 34, 13) : In baptismo enim crimina dimittuntur, non acceptae uxoris consortium relaxatur.

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    Avranches, BM 243, 119v
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    Montpellier, Ecole de médecine H 231, 83rv

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    À Hildebert, par la grâce de Dieu évêque des Manceaux, Yves, par la même grâce ministre de l'Église de Chartres, salut et service.

    Puisque depuis l'origine de la condition humaine il est certain que le mariage a été établi par l'institution naturelle, je crois qu'aucun divorce ne peut se faire, à moins que n'intervienne une raison que la loi ou l'Évangile admettent. En effet florissaient encore, selon la loi naturelle, des unions liant des Juifs et des Gentils, et les mariages de chrétiens étaient encore inexistants ou très rares quand aux apôtres qui demandaient « s'il est permis à un homme de renvoyer sa femme, quelle qu'en soit la raison » le Seigneur répondit qu'aucun divorce entre des conjoints ne pouvait se faire « sauf pour cause de fornication ». Mais parce que, selon la doctrine apostolique, il faut que le lit soit immaculé et le mariage honorable chez tous, avec le développement de la religion chrétienne, l'inceste fut ajouté aux raisons de divorce ; si on le trouve dans quelque liaison, on ne peut pas prouver que le lit est immaculé et honorable. Voici donc, me semble-t-il, ce qu'il faut considérer à propos de la femme qui, ayant abandonné le Judaïsme, a volé vers le baptême : était-elle ou non parente de son premier mari ? Si on l'a trouvée telle, je crois que, selon la loi chrétienne qu'elle a professée, elle peut se séparer de son premier mari et épouser qui elle veut dans le Seigneur ; autrement l'homme qu'elle épousera sera adultère et elle aussi sera adultère ; « car le baptême », selon le pape Innocent, « remet les péchés, il ne dissout pas les mariages. » Voici ce que je pense sur la question posée, sans préjudice d'une meilleure sentence. Adieu.

Informations

Acte

admin ydc (IRHT), dans  Yves de Chartres

Lettres d'Yves de Chartres, éd. G. Giordanengo (agrégée de l'Université), éd. électronique TELMA (IRHT), Orléans, 2017 [en ligne], acte n. 21168 (yves-de-chartres-230), http://telma-chartes.irht.cnrs.fr/yves-de-chartres/notice/21168 (mise à jour : 21/09/2017).