« yves-de-chartres-182 »


Général

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    Yves, évêque de Chartres

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    Daimbert, archevêque de Sens

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    après 1090 - avant 1116

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    n.c.

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    Lettre

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    Daimberto, Dei gratia Senonensium archiepiscopo, Ivo, humilis Carnotensis Ecclesiae minister, salutem et servitium.

    Nuper, cum in capitulo nostro quaedam officia secundum Ecclesiae consuetudinem dispensarem et porrecto libro investituram subdecaniae Fulconi, clerico strenuo et in agendis causis ecclesiasticis valde necessario, facere vellem, veteri odio inflammati insurrexerunt in me Hugo nepos decani et ipse decanus(1), cum duobus senibus, cantore et fratre ejus, ascitis sibi quibusdam juvenculis qui de domibus eorum prodierant(2), et tumultuose contradicere coeperunt ne facerem, nihil aliud certum objicientes nisi quia id eorum consilio non facerem(3). Ego autem sciens quia hanc consuetudinem in Ecclesia non inveni nec in ipsis contradictoribus quando suos honores acceperunt observavi, ne potestatem meam minuerem ab incoepto non destiti. Ipsi igitur, quamvis mei homines essent et per manum et per sacramentum(4), furiose et clamose sedem meam circumdederunt ; librum de manibus meis rapientes, verba turpia, falsa, probrosa et sacro ordini valde contraria in me protulerunt. In tanta itaque turba mortem timens obmutui et non aperui os meum(5) et praesidio caeterorum qui, sanius sapientes, cum istis non conspiraverant vix eorum manus evasi. Ipsi itaque furori suo aliquod remedium fore existimantes, priores me monuerunt ut de me ipso justitiam eis facerem. Ego autem eis respondi me esse paratum et justitiam ab eis accipere et justitiam facere, aut sub judicibus electis, vel secundum judicium metropolitanae sedis, eo ordine quo canonica auctoritas dictaret.

    Cum ergo elegerint judicium Senonensis Ecclesiae, concorditer misimus ad vos ut diem et locum agendae causae nobis designetis circa mediam Quadragesimam, prout vobis opportunum fuerit. Locum autem talem constitui nobis a vestra paternitate misericorditer postulamus, ad quem possimus ire secure et redire secure. Rogamus etiam ut aliquos de suffraganeis(6) ad hoc judicium convocetis. Non enim levis injuria, sed inaudita pontificali ordini illata est. Quod si petitioni meae addere praesumerem, flexis genibus cordis postularem ut Carnotensem Ecclesiam visitaretis et in propria persona injurias mihi, immo omni pontificali ordini, in me illatas a clericis et laicis plenius audiretis. Decens enim est ut etiam in tranquillitate mater filiam consoletur, quanto magis in perturbatione !

    Sed, ne longius verba protraham, per praesentium portitorem remandabit nobis vestra paternitas diem, locum, securitatem itineris, vel si parvitatem nostram visitare dignabitur vestra sublimitas. Valete.


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    Ernaud ou Arnaud, de la famille du Puiset, doyen de 1087 à 1120, mais avec des interruptions : en conflit avec Yves, il se retira à Cluny, puis à La Trinité de Vendôme en 1106-1107, Geoffroy de Vendôme, éd. citée, lettre 81, note 14. Sur ses pérégrinations, voir aussi lettre 262. Il apparaît dans le Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, chartes 22, 23, 30-32, entre 1099 et 1114. On connaît quelques lettres de lui, adressées entre autres à son neveu Hugues, prévôt, L. Merlet, « Lettres d'Yves de Chartres et d'autres personnages de son temps », BEC, t. 16, 1855, p. 443-471 ; ces lettres étaient copiées à la fin du manuscrit des lettres d'Yves de la bibliothèque de Chartres aujourd'hui disparu. J.-B. Souchet, PL 162, col. 482, cite une lettre de Richard d'Albano à Hugues. Foulques, voir aussi lettre 204. Hilduin, chantre, apparaît comme témoin dans le Cartulaire de Notre-Dame, en 1084, 1095, 1099, chartes 18, 22, 23, au nécrologe le 2 novembre, éd. L. Merlet, t. 1, p. 96, 100, 103, t. 3, p. 205 ; dans le Cartulaire de Saint-Jean-en-Vallée en 1099, charte 3, p. 2-3.
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    Yves use ici de l'expression concernant les témoins et accusateurs non recevables en droit canonique : vel de domibus eorum prodeuntes, Décret 5, 289.
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    Même problème d'opposition du chapitre lettre 227.
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    Même vocabulaire que pour les relations dites féodales. Or le lien est ici purement ecclésiastique.
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    Expression biblique, Is. 53, 7 ; Éz. 3, 2 et passim.
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    Arnaud, le chantre Hilduin et le prévôt Hugues écrivirent à Hildebert, évêque du Mans, pour qu'il vienne défendre leur cause à l'assemblée que l'archevêque de Sens a convoquée à Étampes le quatrième dimanche de Carême, L. Merlet, art. cité supra, lettre 1, p. 446. Foulques fut maintenu dans le sous-diaconat. Pour la suite de l'affaire voir lettre 204.

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    Avranches, BM 243, 96v
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    Montpellier, Ecole de médecine H 231, 67v
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    Troyes, BM 1924, 107v-108v
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    Auxerre, BM 69, 72rv

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    À Daimbert, par la grâce de Dieu archevêque de Sens, Yves, humble ministre de l'Église de Chartres, salut et service.

    Récemment, tandis que je dispensais certains offices dans notre chapitre selon la coutume de l'Église et qu'en tendant le livre je voulais donner l'investiture du sous-diaconat à Foulques, clerc zélé et tout à fait indispensable pour régler les affaires ecclésiastiques, se dressèrent contre moi, enflammés d'une haine ancienne, Hugues, neveu du doyen, et le doyen lui-même, accompagnés de deux vieillards, le chantre et son frère, auxquels s'adjoignirent certains jeunes gens qui étaient issus de leur maison, et ils se mirent à s'opposer bruyamment à mon acte, ne faisant aucune autre objection que le fait que je n'avais pas agi avec leur conseil. Pour ma part, sachant que je n'ai pas trouvé cette coutume dans l'Église et que je ne l'ai pas observée à l'égard de mes adversaires quand ils ont reçu leurs propres charges, pour ne pas amoindrir mon pouvoir je n'ai pas renoncé à ce que j'avais entrepris. Eux donc, bien qu'ils fussent mes hommes et par la main et par le serment, entourèrent mon siège avec fureur et clameurs ; arrachant le livre de mes mains, ils proférèrent contre moi des paroles honteuses, fausses, outrageantes et tout à fait contraires à l'ordre sacré. Dans un tel tumulte donc, redoutant la mort, je me tus et n'ouvris pas la bouche, et avec l'aide des autres qui, raisonnant plus sainement, n'avaient pas conspiré avec ceux-là, j'échappai péniblement à leurs mains. Aussi, pensant apporter quelque remède à leur fureur, m'engagèrent-ils les premiers à leur faire justice de moi-même. Or moi je leur répondis que j'étais prêt et à recevoir justice d'eux et à leur faire justice ou bien devant des juges choisis ou bien selon le jugement du siège métropolitain, selon l'ordre prescrit par l'autorité canonique.

    Comme ils ont donc choisi le jugement de l'Église de Sens, nous vous avons d'un commun accord mandé de nous désigner le jour et le lieu pour régler cette cause, autour de la Mi-Carême, selon ce qui vous conviendra. Mais nous demandons miséricordieusement à votre paternité que nous soit imposé un lieu tel que nous puissions nous y rendre en toute sécurité et en revenir aussi sûrement. Nous vous prions aussi de convoquer à ce jugement quelques-uns des suffragants. Car c'est une injustice non pas légère mais inouïe qui a été commise contre l'ordre pontifical. Et, si j'osais ajouter à ma demande, je vous réclamerais, les genoux du cœur fléchis, de venir visiter l'Église de Chartres et d'entendre plus en détail personnellement de la bouche des clercs et des laïcs les injures qui ont été proférées contre moi et bien plutôt contre tout l'ordre pontifical. Car s'il convient que la mère console sa fille même dans le calme, combien plus dans les temps troublés !

    Mais, pour ne pas rallonger davantage, votre paternité nous fera savoir par le porteur de la présente le jour, le lieu, la sécurité du voyage et si votre sublimité juge digne de rendre visite à notre petitesse. Adieu.

Informations

Acte

admin ydc (IRHT), dans  Yves de Chartres

Lettres d'Yves de Chartres, éd. G. Giordanengo (agrégée de l'Université), éd. électronique TELMA (IRHT), Orléans, 2017 [en ligne], acte n. 21120 (yves-de-chartres-182), http://telma-chartes.irht.cnrs.fr/yves-de-chartres/notice/21120 (mise à jour : 21/09/2017).