« yves-de-chartres-168 »


Général

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    Yves, évêque de Chartres

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    Daimbert, archevêque de Sens

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    après 1106/09 - avant 1106/12

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    [fin 1106]

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    Lettre

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    Daimberto, Dei gratia Senonensium archiepiscopo, Ivo, eadem gratia Carnotensis Ecclesiae minister, salutem et servitium.

    Quoniam in quibusdam negotiis aliqua dubia vel difficilia occurrunt(1), debemus nobis(a) invicem manus auxilii vel munus consilii porrigere(2) ; seriem(b) cujusdam causae quae praeterita aestate apud nos emersit, et adhuc serpit(3), congruum duxi paternitati vestrae notificare(c), cui haec causa principaliter litteris apostolicis terminanda committitur ut, et vobis et nobis(d) cui secundo loco committitur, bene provideatis quatenus nec obedientiam apostolicam contemnamus, nec aliquem injuste praegravemus.

    Erat enim quidam fundus in parrochia nostra, cujus partem habebat quidam miles et in ea domum suam separatim ; et alius aliam et in ea domum suam similiter separatim ; pro hujus fundi tuitione, utrique serviebant vicecomiti Carnotensi(4). Hanc vero tuitionem cum servitio dedit vicecomes cuidam militi suo in beneficium, domino videlicet Curvaevillae(5) ; post non multum temporis emit comes Rotrocus(6) partem illius fundi quae allodium erat, comportavit ibi aggerem et fecit munitionem(7). Quod audiens vicecomes qui Hierosolimam iturus erat et dominus Curvaevillae clamorem fecerunt in auribus Ecclesiae ut justitia ei(e) fieret quae debebatur Hierosolimitanis et paci(8).

    Constitutus est dies utrique parti ad agendam causam. Cum convenissent, objectum est a vicecomite comiti Rotroco quod injuste et contra pacem aedificaret munitionem in fundo tuitionis suae. Quo audito responsum est pro Rotroco quod fundus minime pertineret ad tuitionem vicecomitis, sed potius ad tuitionem Rotroci comitis. Quae altercatio cum aliquandiu durasset, praecipimus judicium fieri ; judicatumque est quia haec causa sine monomachia terminari non poterat et judicium sanguinis nobis agitare non licebat(9), ut utraque pars irent in curiam comitissae(10), ad quam talia judicia pertinebant et de cujus feudo ista tenebant. Sicut judicatum erat, venerunt utrique in curiam comitissae et actionibus utrimque ventilatis nescio quibus de causis vicecomes a causa cecidit. Postea coeperunt Ivo, dominus Curvaevillae, qui hoc beneficium se asserebat habere a vicecomite, et comes Rotrocus adversum se guerram facere et alter alterius bona diripere. Et sicut varius eventus est belli(11), quadam die, cum praedictus Ivo procederet armata manu ad nescio quae negotia sua agenda, captus est a militibus Rotroci et incarceratus.

    Praecipitur itaque vobis et nobis ex clamore Hugonis vicecomitis ab apostolica sede(12) ut pro debito officii nostri Guidoni(13), fraternarum rerum custodi, et Ivoni capto justitiam faciamus. Perlectis ergo litteris apostolicis, diligenter notate verba et, secundum ordinem rei gestae et tenorem litterarum apostolicarum, providete vobis quo ordine causa sit agenda, utrum statim sit Rotrocus excommunicandus an ad judicium invitandus. Quia quo ordine praecedet(f) et in actione causae et in executione justitiae nobis praelata sublimitas eo(g) sequetur pro posse subjecta nostra humilitas. Et si ad praesens non eluxerit vobis certa sententia, his qui in litteris nominati sunt locum et diem competentem constituite et accusatores et accusatum ad eumdem locum invitate, ut praesentialiter audita et cognita veritate plenius possitis justitiae satisfacere. Quod ex his vobis melius visum fuerit parvitati nostrae rescribite. Valete.


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    om.
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    quapropter seriem T 
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    significare éd.
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    et nobis et vobis AM 
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    ei AMT
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    preceperit T 
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    eo sequetur... humilitas om. MT.

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    Voir lettres 169 et 170.
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    Noter le jeu de mots manus auxilii, munus consilii.
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    Variante de l'expression classique serpens emergit.
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    Hugues II du Puiset, voir aussi lettres 75, 76, 79, 169, 173. Il accompagna à Jérusalem en 1106 Bohémond, qui allaitépouser Constance, voir lettre 158. Suger, Vie de Louis VI le Gros, éd. citée, n. 1, p. 130. Le comte de Chartres est Thibaud, majeur en 1107 ; la régence est exercée par sa mère Adèle.
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    Yves, seigneur de Courville (Courville-sur-Eure, ch. lieu cant., arr. Chartres, Eure-et-Loir). Il apparaît en mars 1094 avec sa mère Philippa dans le Cartulaire de Saint-Père-en-Vallée, t. 2, p. 499. Il est témoin en 1111 à un acte de Louis VI, A. Luchaire, op. cit., n° 107, p. 57.
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    Rotrou, comte du Perche, beau-frère de Thibaud de Blois, mari de Mathilde, fille naturelle d'Henri Ier d'Angleterre. Parti à Jérusalem en 1096, il en revint en 1100 et succéda à cette date à son père Geoffroy II. Voir les déboires d'Hildebert de Lavardin avec l'entourage du comte Rotrou aux alentours de 1110, lettre II, 17, PL 171, col. 225-226.
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    La Motte-Rotrou à Pontgouin, cant. de Courville, sur l'ancien chemin de Nogent-le-Rotrou.
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    Sur les constitutions de paix, voir lettre 90. Sur la protection des biens des croisés, Et eorum bonis usque ad reditum pax continua emulgata, fragments du concile de Clermont d'après Cencius-Baluze, c. 9, R. Somerville, Decreta Claromontensia, p. 124 et n. 14. Voir aussi lettres 169, 170, 173. A. Chédeville, Chartres et ses campagnes, p. 278.
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    Décret de Nicolas Ier, tit. 20, c. 1 (867). Yves, Décret 8, 187 (Gratien, 2, 5, 22). Voir lettres 74, 247, 280.
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    Adèle, alors régente, voir note supra et lettre 91.
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    Topos d'après Virgile, Énéide, X, 160 ou César, De bello gallico, VI, 42.
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    Cette lettre n'est pas dans l'édition des lettres de Pascal II, PL 163.
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    Guy est un des nombreux fils d'Hugues Ier Blavons et le frère d'Hugues II du Puiset, comte de Jaffa, mort en 1111, qui doit alors être parti en Terre Sainte. Ancien chanoine de Chartres, seigneur du Puiset et de Méréville par sa femme Liesse d'Étampes, fille du seigneur de Méréville, il administra la vicomté d'Étampes entre 1104 et 1106 comme tuteur de son beau-frère Hervé.

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    Avranches, BM 243, 90v-91
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    Montpellier, Ecole de médecine H 231, 63rv
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    Troyes, BM 1924, 22v-23

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    À Daimbert, par la grâce de Dieu archevêque des Sénonais, Yves, par la même grâce ministre de l'Église de Chartres, salut et service.

    Puisque dans certaines affaires se présentent des points douteux ou difficiles, nous devons nous tendre mutuellement les mains de l'aide et le service du conseil ; j'ai jugé à propos de signifier à votre paternité le déroulement d'une cause qui a surgi chez nous l'été dernier et qui rampe encore, vous à qui est confié en premier lieu par une lettre apostolique le réglement de cette cause, afin que, et pour vous et pour nous à qui elle est confiée en second lieu, vous preniez bien garde à ce que nous ne méprisions pas l'obéissance apostolique et que nous n'accablions pas quelqu'un injustement.

    Il y avait en effet dans notre paroisse un domaine dont un chevalier avait une part et dans celle-ci il avait sa maison séparément ; et un autre avait une autre part et dans celle-ci également sa maison séparément ; pour la protection de ce domaine l'un et l'autre servaient le vicomte de Chartres. Or le vicomte donna en bénéfice cette protection avec le service à un de ses chevaliers, à savoir le seigneur de Courville ; peu de temps après le comte Rotrou acheta une partie de ce domaine qui était un alleu, y éleva un talus et fit une fortification. En apprenant cela, le vicomte qui s'apprêtait à partir à Jérusalem et le seigneur de Courville élevèrent leurs plaintes aux oreilles de l'Église pour que leur soit appliquée la justice qui était due aux Jérosolimitains et à la paix.

    Un jour fut assigné aux deux parties pour juger la cause. Comme ils étaient réunis, il fut objecté par le vicomte au comte Rotrou qu'il édifiait une fortification injustement et contre la paix dans un domaine soumis à sa protection. À cette déclaration il fut répondu pour Rotrou que le domaine ne ressortissait pas du tout de la protection du vicomte mais plutôt de la protection du comte Rotrou. Comme ce différend avait duré un certain temps, nous avons ordonné que le jugement soit rendu ; et il fut jugé que cette cause ne pouvait pas être terminée sans un duel et qu'il ne nous était pas permis d'exercer le jugement du sang, si bien que les deux parties iraient devant la cour de la comtesse, dont dépendaient de tels jugements et du fief de qui ils tenaient ces biens. Conformément à ce qui avait été jugé, les deux vinrent à la cour de la comtesse et, une fois les arguments débattus de part et d'autre, je ne sais pour quelles raisons, le vicomte perdit sa cause. Ensuite Yves, seigneur de Courville, qui affirmait tenir ce bénéfice du vicomte, et le comte Rotrou commencèrent à se faire entre eux la guerre et à piller les biens l'un de l'autre. Et comme l'issue de la guerre est variable, un jour, comme ledit Yves s'avançait avec une troupe armée pour faire je ne sais laquelle de ses affaires, il fut pris par les soldats de Rotrou et emprisonné.

    C'est pourquoi, sur la plainte du vicomte Hugues, il est prescrit par le siège apostolique à vous comme à nous de rendre justice, selon le devoir de notre charge, à Guy, gardien des biens de son frère, et à Yves prisonnier. Donc après avoir relu la lettre apostolique, notez-en soigneusement les termes et, en fonction de l'ordre des événements passés et selon la teneur de la lettre apostolique, prévoyez selon quel ordre la cause doit être plaidée, pour savoir si Rotrou doit être tout de suite excommunié ou s'il doit être convoqué en jugement. Quand votre sublimité nous aura montré selon quel ordre elle procédera et dans le déroulement du procès et dans l'exécution de la justice, notre humilité soumise la suivra dans la mesure de ses moyens. Et si pour le moment une sentence certaine ne s'est pas encore révélée à vous, décidez d'un jour et d'un lieu adaptés pour ceux qui ont été nommés dans la lettre et invitez dans ce même lieu et accusateurs et accusé pour pouvoir mieux satisfaire à la justice, une fois la vérité entendue en leur présence et connue. Ce qui vous aura semblé le mieux sur ces points, récrivez-le à ma petitesse. Adieu.

Informations

Acte

admin ydc (IRHT), dans  Yves de Chartres

Lettres d'Yves de Chartres, éd. G. Giordanengo (agrégée de l'Université), éd. électronique TELMA (IRHT), Orléans, 2017 [en ligne], acte n. 21106 (yves-de-chartres-168), http://telma-chartes.irht.cnrs.fr/yves-de-chartres/notice/21106 (mise à jour : 21/09/2017).