« yves-de-chartres-135 »


Général

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    Yves, évêque de Chartres

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    Pascal 2, pape

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    après 1103 - avant 1104

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    [1103-1104]

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    Lettre

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    Paschali, summo pontifici, Ivo, humilis Ecclesiae Carnotensis minister, debitam cum devotione obedientiam.(1)

    Miles iste praesentium portitor, nomine Raimbaldus, in obsidione Hierosolymitana strenue militavit(2). Unde reversus ad propria, diabolico instinctu(3) et impetu irae subversus, quemdam monachum et presbyterum Bonaevallensis monasterii(4), quia quosdam ejus servientes herbam furantes verberari fecerat, castrari fecit. Quod quia inauditum apud nos fuerat(5), coacto rigore ecclesiastico, arma ei abstulimus(6) et quatuordecim annorum poenitentiam indiximus(7), ut diebus sibi praescriptis a cibis lautioribus abstineret et tam immane facinus eleemosynis et jejuniis expiaret(8). Quod obedienter quidem suscepit ; sed postea, adhibitis sibi multis et magnis intercessoribus, multa nos precum instantia fatigavit quatenus propter infestationes inimicorum suorum armis ei uti concederemus. Sed hujusmodi precibus assensum dare noluimus, timentes ne et ipsum et multos alios tam facili indulgentia in discrimen adduceremus(9). Reservantes itaque hanc indulgentiam apostolicae moderationi, ad apostolorum eum limina direximus quatenus et fatigatione itineris hujus peccatum suum diluat et apud pietatis vestrae viscera misericordiam quam Deus vobis inspiraverit inveniat. Valete.


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    Cette lettre a été étudiée par B. C. Brasington, « Crusader, castration, canon law : Ivo of Chartres letter 135 », The Catholic Historical Review, t. 85, n° 3, juill. 1999, p. 367-382.
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    Siège de Jérusalem, 15 juillet 1099. Il s'agit de Raimbaud Craton qui s'y est illustré. Raoul de Caen, Gesta Tancredi in expeditione Hierosolymitana.Recueil des historiens des croisades, t. 3, 1856, p. 689. Tudebodus imitatus et continuatus historia peregrinorum, ibid., p. 218-219. Orderic Vital, Histoire ecclésiastique, éd. A. Le Prévost, l. 11, 35 : Raimboldus Creton qui primus in expugnatione Jerusalem ingressus est strenuissimus miles subito proh dolor occisus est. Il était témoin dans une charte de privilège du comte Étienne-Henri, Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. 1, ch. 24, oct. 1100-1101, p. 107.
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    Cause souvent invoquée dans les cas d'homicides, et souvent associée à un accès de colère, Yves, Décret, 10, 16 et 18 ; 15, 120.
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    Voir lettre 78.
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    L'expression est à prendre au sens propre : comment un croisé a-t-il pu accomplir une action de ce genre ? Yves la rapproche d'un homicide pour ce qui est de la pénitence à accomplir.
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    Déposer ses armes fait partie de la pénitence en droit canonique, Étienne V, ep. à Astulphe. Yves, Décret 8, 126 ; Panormie 7, 16 (Gratien, 33, 2, 8). Nombreuses autres références d'après différents conciles dans Yves, Décret, livre 10, c. 10, 33, 130, 137, etc. Également concile de Rome de 1078, c. 6 (Gratien, DP, 5, 6). Ici c'est, d'après B. C. Brasington, priver symboliquement Raimbaud de ses attributs, en réponse à ce qu'il a fait subir au moine (p. 375).
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    Les quatorze années de pénitence sont préconisées par Alexandre II, Yves, Décret 9, 10 et par le concile de Nantes, Décret 10, 141. Mais généralement il s'agit de sept ans, qu'Yves juge bon de doubler (B. C. Brasington, ibid.).
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    Jeûnes, aumônes et prières sont le fondement de toute pénitence, ex. Augustin ep. ad Felicianum (Gratien, DP 1, 81).
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    Yves, Décret 10, 171. Voir références lettre 114. B. C. Brasington souligne l'alliance des termes facili indulgentia, p. 377. (Le rapprochement est peut-être inspiré d'Ambroise, In Luc., 1, 33, vide quem bonus Deus et facilis indulgere peccatis). Yves trouve une solution alliant rigueur et miséricorde : l'envoi à Rome est une forme de pèlerinage, pendant de la croisade à Jérusalem (ibid. p. 378.)

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    Avranches, BM 243, 78v
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    Montpellier, Ecole de médecine H 231, 53rv
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    Troyes, BM 1924, 106v-107
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    Auxerre, BM 69, 52

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    À Pascal, souverain pontife, Yves, humble ministre de l'Église de Chartres, l'obéissance qui lui est due avec dévouement.

    Ce chevalier, porteur de la présente, nommé Raimbaud, a combattu vaillamment au siège de Jérusalem. Puis revenu chez lui, bouleversé par un instinct diabolique et une crise de colère, il a fait castrer un moine et prêtre du monastère de Bonneval, parce qu'il avait fait fouetter certains de ses serviteurs qui volaient de l'herbe. Comme ce fait était inouï pour nous, usant de la rigueur ecclésiastique, nous lui avons enlevé ses armes et nous lui avons imposé une pénitence de quatorze années, pour qu'il s'abstienne aux jours prescrits des nourritures plus délicates et qu'il expie par des aumônes et des jeûnes un crime si atroce. Il l'a au reste accepté avec obéissance ; mais ensuite, de nombreux et grands intercesseurs s'étant entremis pour lui, il nous a fatigué de la grande insistance de ses prières pour que nous lui accordions l'usage des armes à cause des attaques de ses ennemis. Mais nous n'avons pas voulu donner notre accord à des prières de ce genre, craignant de mettre en péril, par une indulgence si facile, et cet homme et beaucoup d'autres. C'est pourquoi, réservant cette indulgence à la modération apostolique, nous l'avons envoyé aux portes des apôtres pour qu'il lave son péché par la fatique du voyage et trouve dans le sein de votre piété la miséricorde que Dieu vous aura inspirée. Adieu.

Informations

Acte

admin ydc (IRHT), dans  Yves de Chartres

Lettres d'Yves de Chartres, éd. G. Giordanengo (agrégée de l'Université), éd. électronique TELMA (IRHT), Orléans, 2017 [en ligne], acte n. 21072 (yves-de-chartres-135), http://telma-chartes.irht.cnrs.fr/yves-de-chartres/notice/21072 (mise à jour : 21/09/2017).