« yves-de-chartres-109 »


Général

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    Yves, évêque de Chartres

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    Pascal 2, pape

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    après 1102 - avant 1104

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    [1102 ou 1104]

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    Lettre

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    Paschali, summo pontifici, Ivo, humilis Carnotensis Ecclesiae minister(a), sicut auctoritate, ita praeminere virtute.

    Quoniam apud nos quotidie videmus Ecclesiam ruentem et nullam(b) aut pene nullam manum erigentem et pro domo Israel murum ponentem(1), charitas Christi urget nos ut dolorem cordis nostri, quo pro morte et morbis ovium Christi cruciamur, paternitati vestrae revelemus. Interest enim capitis membrorum imbecillitatibus providere(2) et pro valetudinum quantitate vel qualitate congrua remedia procurare. Cum enim a latere vestro(3) mittitis ad nos cardinales vestros tanquam filios uterinos(4), quia in transitu apud nos sunt, non tantum non possunt curanda curare, sed nec curanda prospicere. Inde est quod multi praepositorum facta gladio linguae ferire cupientes, dicunt sedem apostolicam non subditorum quaerere sanitatem, sed suam aut lateralium suorum quaerere commoditatem.

    Unde ego et quidam corregionales nostri hoc murmur non aequanimiter accipientes, utpote Romanae Ecclesiae filii unanimes, scribere decrevimus sanctitati vestrae ut alicui transalpino legationem sedis apostolicae injungatis, qui et vicinius subrepentia mala cognoscat et ea vel per se vel per relationem ad sedem apostolicam maturius curare praevaleat(5). Cui sollicitudini nullum magis cognovimus idoneum quam domnum Lugdunensem archiepiscopum(6), qui et in eodem officio jamdiu ministravit et, ut experimento cognovimus, tam Romanae Ecclesiae quam transalpinis Ecclesiis mirabiliter(c) profuit. Multos enim ad visitandam sedem apostolicam praepediunt, aut pericula imminentia, aut rei familiaris indigentia, aut itineris difficultas, aut proprii corporis imbecillitas. Unde si velletis mediocritatis nostrae suggestioni acquiescere, congruum videretur ut mediatricem personam huic sollicitudini praeficeretis, potissimum in eadem sollicitudine consuetudine et utilitate probatam, quae emergentia mala tanto frequentius quanto vicinius agnosceret et levamina quae melius valeret adhiberet.

    Ausu quidem familiaritatis et filialis amoris haec scribo, quia sic ego cum multis Ecclesiae Dei melius credo posse consuli et aemulorum obtrectationes posse vitari. Etenim discipuli Domini, Domino licet nihil ignoranti, plurima necessaria suggesserunt, quae ad informandam posteritatem praelatorum non solum patienter audivit, sed etiam aequanimiter adimplevit. Valete.


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    servus A  
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    raram M 
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    venerabiliter MA.

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    Ez. 13, 5.
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    D'après I Cor. 12, 12.
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    Expression employée dès le concile de Sardique (343), c. 7, pour parler des légats.
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    Même expression lettres 60 et 87. En 1100, les légats sont Jean de Gubbio et Benoît. Yves, lettres 84 et 87 ; les deux légats invitent Lambert d'Arras au concile de Poitiers, Registre, éd. citée, C. 63, E. 60. En 1102 est nommé Richard, évêque d'Albano (1096-1113), qui est légat de 1102 à 1104, préside les conciles de Troyes, avril 1104, et de Beaugency, juillet 1104, consacrés à l'absolution du roi Philippe Ier. Voir lettre 127.
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    Dans la lettre 12, Yves suggérait à Urbain II d'envoyer un légat dans sa région.
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    La dernière légation de Hugues de Lyon en Gaule sous Urbain II datait de 1093-1099. Yves lui a adressé neuf lettres (24, 54, 55, 59, 60, 61, 66, 68, 158).

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    Avranches, BM 243, 70v-71
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    Montpellier, Ecole de médecine H 231, 47v-48

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    À Pascal, souverain pontife, Yves, humble ministre de l'Église de Chartres, exceller autant par l'autorité que par la vertu.

    Puisque nous voyons chaque jour l'Église s'écrouler devant nous et ne voyons aucune ou presqu'aucune main se dresser et placer un mur pour la maison d'Israël, la charité du Christ nous presse à révéler à votre paternité la douleur de notre cœur, dont nous sommes torturé à cause de la mort et des maladies des brebis du Christ. Car il importe à la tête de pourvoir à la faiblesse des membres et, en fonction de la quantité et de la nature des affections, de procurer les remèdes convenables. En effet quand vous envoyez d'auprès de vous vers nous vos cardinaux comme des fils utérins, comme ils sont de passage chez nous, non seulement ils ne peuvent pas soigner ce qui doit être soigné, mais ils ne peuvent pas non plus découvrir ce qui doit être soigné. Aussi arrive-t-il que beaucoup, désireux de frapper les actions de leurs supérieurs du glaive de la langue, disent que le siège apostolique ne recherche pas la bonne santé de ses sujets, mais qu'il recherche sa convenance ou celle de ses proches.

    Aussi moi et certains prélats de notre région, qui ne supportons pas ces murmures d'une âme égale, en tant que fils de tout cœur avec l'Église romaine, avons-nous décidé d'écrire à votre sainteté pour que vous imposiez la légation du siège apostolique à un transalpin, qui d'une part connaisse de plus près les maux qui s'insinuent et qui d'autre part ait le pouvoir, soit par lui-même soit en s'en référant au siège apostolique, de les soigner plus promptement. Et pour cet office nous ne connaissons personne de plus qualifié que le seigneur archevêque de Lyon, qui a longtemps œuvré dans cette même charge et, comme nous le savons par expérience, qui a été admirablement utile tant à l'Église romaine qu'aux Églises transalpines. Beaucoup en effet sont empêchés de se rendre auprès du siège apostolique, soit à cause des dangers qui menacent, soit à cause du manque de ressources personnelles, soit à cause de la difficulté du voyage, soit à cause de la faiblesse de leur propre corps. Si vous vouliez donc consentir à la suggestion de notre faiblesse, il semblerait convenable que vous nommiez pour cet office un médiateur, qui ait de préférence fait ses preuves dans cet office par sa pratique et son efficacité, qui verrait naître les maux d'autant plus nombreux qu'ils seraient plus proches et qui procurerait les soulagements les plus efficaces.

    J'écris cela assurément avec l'audace de la familiarité et de l'amour filial parce que moi, avec beaucoup d'autres, je crois que l'Église de Dieu peut être mieux conseillée et que les dénigrements des envieux peuvent être évitées. Et en effet les disciples du Seigneur, bien que le Seigneur n'ignorât rien, lui suggérèrent beancoup de choses nécessaires, qu'il a non seulement écoutées patiemment pour informer les prélats à venir, mais même qu'il a accomplies avec égalité d'âme. Adieu.

Informations

Acte

admin ydc (IRHT), dans  Yves de Chartres

Lettres d'Yves de Chartres, éd. G. Giordanengo (agrégée de l'Université), éd. électronique TELMA (IRHT), Orléans, 2017 [en ligne], acte n. 21046 (yves-de-chartres-109), http://telma-chartes.irht.cnrs.fr/yves-de-chartres/notice/21046 (mise à jour : 21/09/2017).