« yves-de-chartres-80 »


Général

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    Yves, évêque de Chartres

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    Guillaume, abbé de Fécamp

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    circa 1099

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    [1099]

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    Lettre

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    Ivo, Dei gratia Carnotensis Ecclesiae minister, Willelmo, Fiscanensis monasterii abbati(1), orationum(a) munus mutuum et devotum servitium

    De motione altaris vel parietum ecclesiae, utrum iteranda sit consecratio, vel non iteranda, nihil scriptum in antiquis regulis reperi(2). In collectionibus autem Burchardi Wormacensis(b) episcopi, ex concilio Meldensi capitulo quinto ita scriptum reperitur(3) : « Altare si motum fuerit, ecclesia denuo consecretur ; parietes vero si moti fuerint, et non altare, salibus tantum exorcizentur. » Hoc capitulum si diligenter attendatur ad omnes inquisitiones vestras respondet. Et quia de motione altaris rationes quas potui monachis Sancti Wandregisili aliquando reddidi, easdem religioni vestrae scribere curavi quibus ita scripsi(4) : « Consuluit parvitatem meam dilectio vestra utrum tabulae altarium aliquando consecratae, cum translatae fuerint et super novam struem(c) lapidum positae, denuo sint consecrandae. Quod nobis ex auctoritate et ratione faciendum videtur, cum canon dicat : « Altare si motum fuerit, ecclesia denuo consecretur. » Quod si ecclesia propter motionem solius altaris denuo est consecranda, quanto magis ipsum altare quod motum est ! Praeterea cum signa similitudinem habeant earum rerum quarum signa sunt, sicut fides, quae caput et fundamentum est sacrae religionis, immobilis debet manere in credente, sic visibile altare, quod figuram gerit fidei, debet manere immobile. Et sicut a fundamento fidei, si quis motus fuerit per manus impositionem corpori Christi, quod est Ecclesia, reconciliandus est, sic mensa altaris fidei typum gerens(d), si mota fuerit, iterum sacris mysteriis imbuenda est. Nec satis similis ratio est quam quidam fratres vobis objiciunt quod altaria portatilia, licet de loco ad locum moveantur, non tamen denuo consecrantur. Haec enim altaria non aliter consecramus, nisi vel in tabulis ligneis, vel aliquo competenti substratorio compacta et firmiter sint affixa. Unde licet de loco ad locum portentur, non tamen de loco in quo consecrata sunt moventur ; a quo si evulsa fuerint, sicut caetera altaria denuo sunt consecranda. »

    Haec de motione altaris. De parietibus vero si restaurentur(e), quare sint tantum salibus exorcizandi et non consecrandi, ratio nobis investiganda videtur. Ad quod nobis necessarium videtur ut primum attendamus formam templi invisibilis, ut cum ea postea conferre possimus figuram templi visibilis(5). Dicit enim Apostolus : « Dei agricultura estis, Dei aedificatio estis, ego ut sapiens architectus fundamentum posui(6) », fundamentum hoc, sicut supra diximus, intelligimus fidem, cui superponuntur bona opera, quibus probatur dilectio Dei et proximi, tanquam parietes spiritualis aedificii. His omnibus superadditur vice tecti celsitudo spei, quae procedit penetrando usque ad interiora velaminis(7). Scriptum est autem ab eodem Apostolo(8) : « Sine fide impossibile est placere Deo. » Fides ergo si evellatur, tota aedificatio spiritualis procul dubio destruitur. Reliqua vero aedificatio, si aliqua vetustate atteritur, aliqua laesione minuitur, sacramenta fidei nequaquam iterantur ; sed tantum quod maculatum est asperitate paenitentiae et compunctionis lacrymis emundatur(9)(f).

    Secundum ergo hanc similitudinem, moto altari, quod figuram gerit fidei sicut dictum est, tota Ecclesia consecranda est, quae corrupta fide tota destructa est. Motis vero parietibus sola aqua et salibus(10), tanquam paenitentiae sacramentis reformanda est. Novit enim prudentia vestra quia sic orat Ecclesia, ut quod in manufactis templis agitur hoc in nobis spiritualiter impleatur, quatenus per cultum visibilium sacramentorum provocemur ad cognitionem(g) et amorem invisibilium aedificiorum. Possent de his observationibus cum his quae dicta sunt plura dici, sed haec puto sufficere prudentiae vestrae quae novit de minimis maxima, de paucis plura conjicere(11). Valete.


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    orationis J 
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    Warmentensis V, Uuarmaciensis J, Walmacensis A, Warniacensis T 
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    structionem T 
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    fin du ms V
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    restauratis T 
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    emundantur AM 
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    agnitionem éd.

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    Voir lettre 19.
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    La lettre 72 abordait le même sujet et Yves en reprend une partie. La question concernant Fécamp a dû lui être posée après l'agrandissement de l'abbatiale, en particulier du chœur, par l'abbé Guillaume. La consécration de l'abbatiale par l'archevêque de Rouen Guillaume Bonne-Âme date de 1099. V. Gazeau, op. cit., p. 113, n. 141-143. Pour les références canoniques, voir lettre 72 et note infra. Le concile de Meaux cité ci-dessous datant de 845 n'est donc pas considéré comme une antiqua regula.
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    On a ici une des rares citations d'une collection intermédiaire, les sources citées étant presque toujours les textes originaux : Burchard de Worms, Décret 3, 11. La source de ce canon est, d'après Burchard, Yginus, c. 4. Yves cite ce même texte avec la même source dans Décret 3, 13 et Panormie 2, 20 (Eugenius). On voit aussi comment naissent les erreurs d'attribution des textes : l'erreur contenue dans la lettre s'explique par la présence de deux canons du concile de Meaux cités dans les canons précédents de Burchard, 3, 9 et 10 : Ut ecclesiae antiquitus constitutae nec decimis nec ulla possessione priventur ita ut novis oratoriis tribuatur, Meaux c. 8. Ut ecclesiae vel altaria quae ambigua sunt de consecratione consecrenturet superflua altaria destruantur, Meaux c. 45. Yves cite ce dernier canon dans Décret 3, 11, en l'attribuant au concile d'Orléans, c. 45, et dans Panormie 2, 18, en l'attribuant au concile de Meaux, c. 8, référence qui était celle du canon de Burchard, 3, 9 mais qui traitait d'un autre sujet (Gratien, DC 1, 18, avec la correction en note, plutôt Cap. Reg. Fr. 1, 145).
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    Reprise des termes de la lettre 72, jusqu'à la fin du paragraphe.
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    D'après Rom. 1, 20, cf. aussi Hebr. 11, 3.
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    I Cor. 3, 9-10.
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    Ad interiora velaminis, Hebr. 6, 19.
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    Hebr. 11, 6.
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    La valeur des larmes dans la pénitence est répétée par de nombreuses œuvres patristiques, ex. Ambroise, De penitentia, l. 2, c. 8, In Luc., X, 88-93, Maxime de Turin, Sermo 76, 2, 3, Grégoire Le Grand, Ad Theotistam, Fausses décrétales, éd. Hinschius, p. 745, Liber scintillarum, c. 6, etc.
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    L'eau et le sel sont les symboles de la purification de la pénitence, par exemple Alexandre V, ep. 1, 5. Yves, Décret 2, 68 ; Étienne V, ep. ad Astulphum. Yves, Décret 8, 126 (Gratien, DC 3, 20 ; 33, 2, 8).
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    L'argumentation de cette lettre est imprégnée de réminiscences bibliques, comme la métaphore de l'édifice, pauliniennes, sur la foi et les œuvres, augustiniennes, autour du visible et de l'invisible. Les références à citer seraient trop nombreuses.

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    Avranches, BM 243, 51v-52
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    Montpellier, Ecole de médecine H 231, 34rv
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    Jesus College, Q.G.5, 20v-21
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    Vatican, Reg. Lat. 147, 25v inachevée
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    Troyes, BM 1924, 61v-62v

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    Yves, par la grâce de Dieu ministre de l'Église de Chartres, à Guillaume, abbé du monastère de Fécamp, secours mutuel de prières et service dévoué.

    À propos du déplacement de l'autel ou des murs de l'église, je n'ai rien trouvé d'écrit dans les anciennes règles pour savoir s'il faut ou non réitérer la consécration. Mais dans les collections de Burchard, évêque de Worms, on trouve ainsi écrit, d'après le chapitre cinq du concile de Meaux : « Si un autel est déplacé, que l'église soit à nouveau consacrée ; mais si les murs et non l'autel sont déplacés, qu'ils soient seulement exorcisés avec du sel. » Si on est particulièrement attentif à ce chapitre, il répond à toutes vos demandes. Et comme j'ai donné une fois aux moines de Saint-Wandrille les arguments que j'ai pu trouver sur le déplacement de l'autel, j'ai pris soin d'écrire à votre piété les mêmes choses que celles que je leur ai écrites : « Votre dilection a consulté ma petitesse pour savoir si les tables d'autel une fois consacrées, quand elles ont été transportées et posées sur un nouveau socle de pierre, doivent être consacrées à nouveau. D'après l'autorité et la raison, il me semble qu'on doit le faire, puisque le canon dit : « Si l'autel a été déplacé, que l'église soit consacrée à nouveau. » Si l'église doit être à nouveau consacrée à cause d'un déplacement de l'autel, à plus forte raison l'autel lui-même qui a été déplacé. En outre comme les signes ont une similitude avec les choses dont ils sont les signes, de même que la foi, qui est la tête et le fondement de la sainte religion, doit rester immuable chez le croyant, ainsi l'autel visible, qui est la représentation de la foi, doit rester immobile. Et de même que quelqu'un, s'il s'est écarté du fondement de la foi, doit être, par l'imposition des mains, réconcilié au corps du Christ qui est l'Église, ainsi la table d'autel qui représente l'image de la foi, si elle a été déplacée, doit être à nouveau marquée par les mystères sacrés. Et l'argument que certains frères vous objectent n'est pas tout à fait identique, à savoir que les autels portatifs, bien que déplacés d'un endroit à un autre, ne sont pourtant pas consacrés une nouvelle fois. En effet nous ne consacrons ces autels que s'ils ont été assemblés et fermement fixés soit à des tables de bois, soit à quelque socle adapté, Aussi, bien qu'ils soient portés d'un lieu à un autre, ils ne sont cependant pas déplacés du lieu où ils ont été consacrés. S'ils en sont arrachés, il faut les consacrer à nouveau comme tous les autres autels. »

    Voici pour le déplacement de l'autel. Si ce sont les murs qui sont restaurés, il faut chercher, nous semble-t-il, la raison pour laquelle ils doivent être seulement exorcisés par le sel et non consacrés. Il nous semble pour cela nécessaire d'abord de nous attacher à la forme du temple invisible, ensuite de pouvoir lui comparer la figure du temple visible. Car l'Apôtre dit : « Vous êtes la culture de Dieu, vous êtes l'édifice de Dieu, moi en sage architecte j'ai posé les fondations », et par fondation, nous l'avons dit plus haut, nous comprenons la foi, à laquelle se superposent les bonnes œuvres, qui prouvent la bonté de Dieu et du prochain, comme les murs de l'édifice spirituel. À tout cela se surajoute en guise de toit l'élévation de l'espérance qui s'avance en pénétrant jusqu'à l'intérieur du voile. Or il a été écrit par le même Apôtre : « Sans la foi il est impossible de plaire à Dieu. » Donc si la foi est arrachée, il ne fait aucun doute que tout l'édifice spirituel est détruit. Mais si le reste de la construction est usé par quelque vétusté, s'il est affaibli par quelque dommage, les sacrements de la foi ne sont nullement renouvelés ; mais seul ce qui a été taché est purifié par la rudesse de la pénitence et les larmes de la componction.

    Donc, d'après cette comparaison, quand l'autel a été déplacé, lui qui, on l'a dit, représente la figure de la foi, toute l'église doit être consacrée, elle qui a été toute entière détruite par l'altération de la foi. Mais quand les murs sont déplacés, elle doit être rétablie seulement par l'eau et le sel, comme par les sacrements de la pénitence. En effet votre prudence sait, puisqu'ainsi prie l'Église, que ce qui se fait dans les temples construits de main d'hommes s'accomplit spirituellement en nous afin que nous soyons appelés, par le culte des sacrements visibles, à la compréhension et à l'amour des édifices invisibles. On pourrait à propos de ces remarques en dire bien plus que ce qui a été dit, mais je pense que cela suffit à votre prudence qui sait interpréter de grandes choses à partir des petites et un grand nombre à partir de quelques-unes. Adieu.

Informations

Acte

admin ydc (IRHT), dans  Yves de Chartres

Lettres d'Yves de Chartres, éd. G. Giordanengo (agrégée de l'Université), éd. électronique TELMA (IRHT), Orléans, 2017 [en ligne], acte n. 21017 (yves-de-chartres-80), http://telma-chartes.irht.cnrs.fr/yves-de-chartres/notice/21017 (mise à jour : 21/09/2017).