« yves-de-chartres-71 »


Général

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    Yves, évêque de Chartres

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    Guillaume 2 le Roux, roi d’Angleterre

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    circa 1098

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    [vers 1098]

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    Lettre

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    Guillelmo(1), glorioso regi Anglorum, Ivo, humilis Ecclesiae Carnotensis minister, salutem et servitium.

    In litteris a sublimitate vestra nuper ad me directis, mansueti et prudentis hominis ingenium notavi, cum placuerit dignitati vestrae prius a parvitate mea rationem quaerere quam de me aliquid inconsulte judicare, secundum illud viri sapientis(2) : « Ne judices antequam cognoscas. » Quaesivit enim ab humilitate mea vestra excellentia qua ratione absolverim Nivardum de Septolio(3) a fiduciis et sacramentis quibus se vestrae magnitudini obligaverat, cum christiani erga christianos fiducias et sacramenta quae sibi invicem praebent observare debeant. Quod quidem ita concedimus, si legitima vel non illicita facta fuerint sacramenta. Praedictus autem Nivardus testatus est mihi fiducias et sacramenta quae sublimitati vestrae fecerat prioribus sacramentis fuisse contraria quae fecerat naturalibus et legitimis dominis suis, de quorum manu(a) susceperat haereditaria sua beneficia, nec posteriora se posse observare nisi priora vellet violare. Cui ratione fultus et auctoritate consilium dedi ut, accepta de posterioribus paenitentia, justa injustis, legitima non legitimis, priora posterioribus sacramenta praeponeret. Quod cum multis rationibus et auctoritatibus confirmari possit de multis pauca subnectere curavi.

    Habemus enim in Toletano concilio nono, capitulo quarto(4) : « Duo mala licet omnino cautissime sint praecavenda, tamen si necessitas ex his unum temperare compulerit, hoc debemus resolvere quod minori nexu noscitur obligari. » Hinc Augustinus De bono conjugali(5) : «  Si ad peccatum admittendum adhibetur fides mirum si fides appellatur. Verumtamen qualiscumque sit, si et contra ipsam fit, pejus fit, nisi cum propterea deseritur ut ad fidem veram legitimamque redeatu(b). » Item Tharasius patriarcha(6) : « Herodes observavit illicitum sacramentum et periit. Petrus vero negavit cum juramento et conversus flevit et salvatus est(7). » Item Hieronymus Super Jeremiam, libro primo(8) : « Animadvertendum quod jusjurandum hos habeat comites, veritatem, judicium atque justitiam. Si ista defuerint, nequaquam erit juramentum, sed perjurium. » Hinc Honorius papa(9), quosdam transpadanos episcopos vehementer redarguit qui suadebant Petro, viro glorioso, ut sacramenta quae praebuerat Achonio(c) regi, patri regis Adulubaldi(d), frangeret et Ariobaldo(e) consentiret. Ipsum vero gloriosum Petrum accurate commendat quia pravis sacerdotum persuasionibus non acquievit, sed sacramenta quae Achonio fecerat firmiter observavit.

    His et(f) hujusmodi cognosci potest sacramenta legitima vel licita firmiter observanda ; illicita vero aut esse vitanda aut, si facta sunt, cum paenitentia dissolvenda. Aliud consilium si parrochiano meo, ovi mihi commissae, dedissem, ovem errantem non revocassem, ovi morbidae curam quam debueram non impendissem(10). Valete.


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    manibus éd. Ju
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    Le ms 69 d'Auxerre, fol. 36, poursuit en citant le canon 12, 14 en entier 
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    Achonio AMJAu, Achanio T 
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    Adulabaldi Au, ad ulubaldi MT, Ariobaldi A 
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    Aniobaldi Au 
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    et aliis éd.

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    Guillaume II, dit le Roux, deuxième fils de Guillaume le Conquérant, roi d'Angleterre de septembre 1087 au 2 août 1100.
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    Citation libre inspirée de Sir. 11, 7 (cf. Deut. 13, 14 et Joh. 7, 51).
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    Nivard, seigneur de Septeuil-Poissy (Yvelines), possède un domaine relativement important. Impliqué dans la campagne menée en 1097-98 par Guillaume le Roux sur le continent, il rejoint le groupe d'Amaury, seigneur de Montfort, et ouvre son propre château aux troupes de Guillaume, N. Civel, La fleur de France, op. cit., p. 29-30, 104. Sa présence n'est pas rapportée dans la relation du siège de Montfort par Suger, Vie de Louis VI le Gros, p. 7-13. Son seigneur naturel était Robert, dit Courteheuse, duc de Normandie, frère aîné de Guillaume (1087-1106).
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    En réalité, huitième concile de Tolède, canon 2. Yves, Décret 12, 16, où la référence est exacte ; Panormie 8, 119 (Gratien, D. 13, 1).
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    Augustin, De bono conjugali, 4, 4, CSEL 51, p. 192. Yves, Décret 12, 14 ; Panormie 8, 96 (Gratien, 22, 4, 20).
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    Septième concile d'Elvire (787), c. 4. Yves, Décret 12, 15 ; Panormie 8, 100 (Gratien, 22, 4, 18).
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    Serment d'Hérode à sa fille, Matth. 14, 7-9, Marc. 6, 23-26, reniement de Pierre, Matth. 27, 69-75, Marc. 14, 66-72, Luc. 22, 56-62, Joh. 18, 17, 25-27.
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    Jérôme, Sur Jérémie 4, verset 2, l. 1, 69, éd. S. Reiter, CCSL 74, p. 40. Yves, Décret 12, 22 ; Panormie 8, 123 (Gratien, 22, 2, 2). Voir aussi Yves, l. 105, 163. Même citation chez Geoffroy de Vendôme, éd. citée, l. 189.
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    Honorius Ier (625-638). Yves, Décret 12, 25. La lettre, Honorius Isacio Exarcho, est éditée dans PL 80, col. 469, avec des variantes sur les noms propres : Adalvaldum regem, Ariovaldo tyranno, Agoni (Agiulpho videlicet) patri Ariovaldi. Les manuscrits aussi présentent des variantes sur ces noms. Juret, PL 162, col. 335-336, note que l'affaire est racontée par Carolus Sigonius dans l'Histoire du royaume d'Italie, livre 2, à l'année 623 (Caroli Sigonii historiarum de regno Italiae libri quindecim, Bâle, 1575).
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    D'après Joh. 10.

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    Avranches, BM 243, 46v-47
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    Montpellier, Ecole de médecine H 231, 30v-31
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    Jesus College, Q.G.5, 17v-18
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    Troyes, BM 1924, 55rv
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    Auxerre, BM 69, 35v-36v

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    À Guillaume, glorieux roi des Anglais, Yves, humble ministre de l'Église de Chartres, salut et service.

    Dans la lettre que votre sublimité m'a récemment adressée, j'ai reconnu la disposition d'un homme doux et avisé, puisque votre dignité a trouvé bon de demander raison à ma petitesse avant de porter quelque jugement à mon sujet sans avoir pris conseil, selon le dit de l'homme sage : « Ne juge pas avant de savoir. » Votre excellence a donc demandé à mon humilité la raison pour laquelle j'avais délié Nivard de Septeuil des promesses et des serments par lesquels il s'était obligé envers votre grandeur, alors que les chrétiens doivent observer envers les chrétiens les promesses et les serments qu'ils se prêtent réciproquement. Et assurément nous nous rangeons à cet avis si les serments ont été des actes légitimes et non illicites. Or ledit Nivard m'a attesté que les promesses et les serments qu'il avait faits à votre sublimité avaient été contraires à des serments antérieurs qu'il avait faits à ses seigneurs naturels et légitimes, de la main de qui il avait reçu ses bénéfices héréditaires, et qu'il ne pouvait observer des serments postérieurs s'il ne voulait pas violer les premiers. Fort de la raison et de l'autorité, je lui ai donné ce conseil : après avoir fait pénitence pour les derniers, qu'il donne la préférence aux serments justes sur les injustes, aux légitimes sur les non-légitimes, aux premiers sur les suivants. Bien que ce point puisse être confirmé par de nombreuses raisons et autorités, j'ai pris soin d'en rappeler quelques-unes parmi un grand nombre.

    Nous avons en effet dans le neuvième concile de Tolède, au chapitre quatre : «  Bien qu'il faille éviter tout à fait avec le plus grand soin deux maux, si toutefois la nécessité force à composer avec l'un d'eux, nous devons supprimer celui que l'on reconnaît avoir été contracté par un lien moins important. » Ainsi Augustin, Du bien conjugal : « Si la foi est invoquée pour pousser au péché, il est étonnant qu'elle soit appelée foi. Cependant, quelle qu'elle soit, si on agit contre elle, le péché devient pire, sauf quand on l'abandonne pour revenir à une foi véritable et légitime. » De même le patriarche Tharasius : « Hérode a observé un serment illicite et il est mort. Mais Pierre a renié en jurant et, converti, a pleuré et fut sauvé. » Également Jérôme Sur Jérémie, livre premier : « Il faut veiller à ce que le serment ait comme compagnons la vérité, le jugement et la justice. S'ils font défaut, ce ne sera en aucun cas un serment, mais ce sera un parjure. » Ainsi le pape Honorius réfute-t-il violemment certains évêques transpadans qui persuadaient Pierre, un homme illustre, de briser les serments qu'il avait prêtés au roi Aconius, père du roi Adulubalde, et de s'entendre avec Ariobalde. Mais il glorifie avec soin l'illustre Pierre de n'avoir pas approuvé les incitations dépravées des prêtres mais d'avoir observé avec constance les serments qu'il avait faits à Aconius. »

    Par ces exemples et d'autres de ce genre on peut reconnaître qu'il faut observer avec constance les serments légitimes et licites ; quant aux illicites, il faut ou bien les éviter ou bien, s'ils ont été faits, les rompre avec une pénitence. Si j'avais donné un autre conseil à mon paroissien, brebis qui m'a été confiée, je n'aurais pas rappelé la brebis errante, je n'aurais pas fourni à la brebis malade le soin que je lui devais. Adieu.

Informations

Acte

admin ydc (IRHT), dans  Yves de Chartres

Lettres d'Yves de Chartres, éd. G. Giordanengo (agrégée de l'Université), éd. électronique TELMA (IRHT), Orléans, 2017 [en ligne], acte n. 21008 (yves-de-chartres-71), http://telma-chartes.irht.cnrs.fr/yves-de-chartres/notice/21008 (mise à jour : 21/09/2017).