« aposcripta-932 »


Général

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    Clément V (1305-1314)

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    L’abbé de Saint-Ferme

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    VI nonas martii, anno secundo

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    1307/03/02


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    Pessac

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    Mandement (littere cum filo canapis)

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    [Registre de la chancellerie apostolique] R. CITÉ DU VATICAN, Archivio segreto Vaticano, Registra Vaticana 54, c. 343, fol. 67v-68.
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    [Copie moderne] S. FRANCE, Paris, Bibliothèque nationale de France, Collection Périgord, t. 35, fol. 295. Copie (défectueuse) par l’abbé Pierre Lespine (1757-1831), d’après R.

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    Ici reprise de Julien Théry, « 'Excès', 'affaires d’enquête' et gouvernement de l’Église (v. 1150-v. 1350). Les procédures de la papauté contre les prélats 'criminels' : première approche », dans Pathologie du pouvoir : vices, crimes et délits des gouvernants (Antiquité, Moyen Âge, époque moderne), dir. Patrick Gilli, Leyde, Boston, Tokyo : Brill, 2016, p. 164-236 [en ligne], aux p. 206-208, d'après R.

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    Regestum Clementis Papæ V, Rome, 1885-1892, n. 1838.

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    Clément V mande à l’abbé de Saint-Ferme de se rendre au monastère de Tourtoirac pour y enquêter ex officio et sommairement sur la vérité des crimes dont l’abbé Adémar [de Neuville] est notoirement « diffamé ». Ce dernier, déjà suspendu de son administration par le pape le 7 juillet 1306, devra être déposé en cas de culpabilité. L’abbé de Saint-Ferme devra alors faire élire un successeur idoine et le confirmer au nom du pape. Il est aussi chargé de réformer tout ce qui doit l’être dans la communauté de Tourtoirac.

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    Dilecto filio .. abbati monasterii Sancti Fremerii1, Vasatensis2 diocesis.
    Grave gerimus et molestum cum sinistra nobis de quibusvis personis ecclesiasticis referuntur, sed in religiosorum excessibus et precipue prelatorum, cum nostris auribus inculcantur, eo gravius provocamur quo ipsi per religionis observantiam et nitorem vite in seipsis ostendere debent qualiter oporteat alios in domo Domini ambulare3 quove enormitates eorum dampnabilius tollerantur, cum ex eis exempla magis perniciosa proveniant et graviora scandala generentur.
    Sane cum pridem Ademarus4, qui pro abbate monasterii Trustuariensis5 ordinis sancti Benedicti, Petragoricensis diocesis, se gerit, penes nos super dilapidatione bonorum dicti monasterii, excommunicatione, irregularitate, incontinencia, incestu, sortilegio, homicidio et nonnullis aliis criminibus de quibus erat et est publice ac notorie diffamatus delatus fuisset, nos eum certis ex causis rationabilibus que ad id nos rationabiliter induxerunt ab administratione spiritualium et temporalium, ne in ipsis detrimentum sub ejus umbra dictum monasterium pateretur, nonas julii proximi preteriti, pontificatus nostri anno primo6, duximus suspendendum. Volentes igitur ad correctionem dicti Ademarii, si premissa veritate nitantur, prout ad id tenemur ex suscepte debito servitutis procedere ac statui dicti monasterii salubriter providere, discretioni tue, de qua fiduciam gerimus in Domino specialem, per apostolica scripta mandamus quatinus, ad dictum monasterium in ejusdem expensis monasterii te personaliter conferens et habens pre oculis solum Deum, contra eundem Ademarum inquiras super premissis ex officio, omni appellatione, exceptione et objectu ex quibus posset hujusmodi inquisitio prorogari postpositis, summarie, de plano, sine strepitu et figura judicii sollicite veritatem, et demum, si per inquisitionem hujusmodi tibi constiterit prefatum Ademarum de premissis vel aliquo premissorum fore culpabilem, prefatum Ademarum a regimine dicti monasterii prorsus amoveas, faciens eidem monasterio pera persona ydonea per electionem canonicam provideri, ac, interim dicto monasterio aliquo per te vicario ydoneo in spiritualibus et temporalibus deputato, electionem hujusmodi, si eam de persona ydonea inveneris canonice celebratam, auctoritate nostra confirmans, personam eandem ipsi monasterio preficias in abbatem sibique facias munus benedictionis impendi ac a suis subditis obedientiam et reverentiam debitam exhiberi, ac tandem in membris ejusdem monasterii inquiras, corrigas et reformes quecumque in eis inquisitionis, correctionis et reformationis officio noveris indigere, non obstantibus si aliquibus ab apostolica Sede indultum existat quod excommunicari, suspendi vel interdici non possint per licteras apostolicas non facientes plenam et expressam ac de verbo ad verbum de indulto hujusmodi mentionem et quibuslibet licteris, privilegiis et indulgentiis dicte Sedis per que presentibus non expressa vel totaliter non inserta attribute tibi in hac parte jurisdictionis explicatio possit quomodolibet impediri et de quibus quorumque totis tenoribus debeat in nostris licteris fieri mentio specialis, contradictores per censuram et cetera7. Per hoc autem venerabili fratri nostro episcopo et ecclesie Petragoricensibus, quibus dictum monasterium quoad predicta fore asseritur ordinario jure subjectum, nolumus imposterum prejudicium generari.
    Datum apud Pessacum prope Burdegalas, VI nonas martii, anno secundo.

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    (a) sic, comprenez de.

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    1. L’abbaye de Saint-Ferme, sur le territoire de l’actuelle commune du même nom, dans le département de la Gironde.
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    2. Cf. le deuxième canon du Concile de Latran III, Cum in cunctis, repris dans les Décrétales (X, 1, 6, 7 ; Friedberg, Corpus iuris canonici, 51-52) : [Episcopus] ad curam positus aliorum in seipso debet ostendere qualiter alios in domo Domini oporteat conversari. Cf. aussi 1 Thess 4, 1 (Quemadmodum accepistis a nobis quomodo oporteat vos ambulare et placere Deo) et 1 Tim 3, 15 (Ut scias quomodo oporteat te in domo Dei conversari).
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    3. Bazas, actuellement chef-lieu de canton dans le département de la Gironde.
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    4. Adémar de Neuville (de Nova Villa) est attesté comme abbé de Tourtoirac à partir de 1295 (voir BnF, Coll. Périgord, t. 35, fol. 267 ; Georges Picot, Documents inédits relatifs aux États généraux et assemblées réunis sous Philippe le Bel, Paris : Imprimerie nationale, 1920 [en ligne], p. 83-84).
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    5. L’abbaye de Tourtoirac, sur le territoire de l’actuelle commune du même nom, dans le département de la Dordogne.
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    6. 7 juillet 1306.
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    7. La teneur de la formule ici abrégée est la suivante : Contradictores per censuram ecclesiasticam, appellatione postposita, compescendo.

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    À notre cher fils l’abbé du monastère de Saint-Ferme, au diocèse de Bazas.
    Nous sommes certes affligé et contrarié lorsqu’on nous rapporte du mal de toute personne ecclésiastique, mais lorsque parviennent à nos oreilles des excès commis par des religieux, en particulier par des prélats, nous sommes d’autant plus profondément blessé et porté à sévir que ces derniers doivent en eux-mêmes, par l’observation des règles inhérentes à leur condition religieuse et par la clarté de leur vie, montrer aux autres comment il convient de se conduire dans la maison de Dieu et qu’il est plus dommageable de tolérer leurs énormités, car ils donnent des exemples plus pernicieux et suscitent de plus grands scandales.
    Ainsi, alors qu’Adémar, qui se considère comme l’abbé du monastère de Tourtoirac, de l’ordre de saint Benoît, au diocèse de Périgueux, avait été, il y a quelque temps, dénoncé auprès de nous pour dilapidation des biens du monastère, état d’excommunication, irrégularité, incontinence, inceste, pratique de sortilèges, homicide et plusieurs autres crimes qui lui étaient et lui sont publiquement et notoirement imputés, nous avons décidé, aux nones du mois de juillet passé, la première année de notre pontificat, pour de justes et certaines raisons qui nous ont justement amené à prendre cette mesure, de le suspendre de l’administration spirituelle et temporelle, de façon à ce que ledit monastère, sous son ombre, ne subisse pas de préjudice dans l’un ou l’autre de ces deux domaines.
    Voulant donc, si les choses susdites sont vraies, procéder à la correction dudit Adémar, comme nous y sommes tenu par les devoirs de la charge que nous avons endossée, et pourvoir de façon salutaire au bon état dudit monastère, nous mandons par ces lettres apostoliques à ta discrétion, que nous tenons en confiance spéciale dans le Seigneur, de se rendre personnellement audit monastère, qui assumera tes dépenses, et d’enquêter d’office avec sollicitude, ayant Dieu seul devant les yeux, sommairement, directement, sans chicane ni figure de jugement, sur la vérité des choses susdites, tous appel, exception ou obstacle susceptibles de retarder cette enquête étant écartés. Et s’il t’apparaît dès lors par cette enquête que le susdit Adémar est coupable des choses susdites ou de l’une d’entre elles, tu écarteras entièrement le susdit Adémar du gouvernement dudit monastère et feras placer à la direction du même monastère une personne idoine par élection canonique. Après avoir député un vicaire idoine au spirituel et au temporel à la tête de ce même monastère pendant l’intérim, tu confirmeras cette élection en vertu de notre autorité si elle t’apparaît avoir été effectuée de façon canonique et avoir désigné une personne idoine, et tu porteras cette dernière à la tête du monastère comme abbé et lui feras donner la bénédiction et lui feras obtenir l’obéissance et la révérence dues auprès de ceux qui lui sont soumis. En outre, tu enquêteras sur les membres de ce même monastère et corrigeras et réformeras tout ce qui t’apparaîtra nécessiter enquête, correction et réforme, nonobstant si certains se sont vu accorder par le Siège apostolique de ne pouvoir être excommuniés, suspendus ou soumis à l’interdit par des lettres apostoliques ne faisant pas pleine et expresse mention, mot à mot, d’un tel indult, et nonobstant toutes lettres, tous privilèges et indulgences dudit Siège en vertu desquels, à défaut de leur mention ou insertion complète dans les présentes, la mise en oeuvre de ta juridiction en cette affaire pourrait être empêchée de quelque façon que ce soit et dont il devrait être fait mention spéciale dans nos lettres avec leur teneur complète [et tu réprimeras les contradicteurs par censure ecclésiastique en écartant tout appel]. Par cela nous ne voulons produire aucun préjudice futur à notre vénérable frère l’évêque de Périgueux ni à son église, à qui l’on affirme que ledit monastère est soumis en droit ordinaire pour les choses susdites.
    Donné à Pessac, près de Bordeaux, le 6 des nones de mars, la deuxième année.

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    Julien Théry, « 'Excès', 'affaires d’enquête' et gouvernement de l’Église (v. 1150-v. 1350). Les procédures de la papauté contre les prélats 'criminels' : première approche », dans Pathologie du pouvoir : vices, crimes et délits des gouvernants (Antiquité, Moyen Âge, époque moderne), dir. Patrick Gilli, Leyde, Boston, Tokyo : Brill, 2016, p. 164-236 [en ligne], aux p. 208-209.

Informations

Acte

Julien Théry (CIHAM (UMR 5648)), dans  APOSCRIPTA database

APOSCRIPTA database – Lettres des papes, dir. J. Théry, CIHAM/UMR 5648, éd. électronique TELMA (IRHT), Orléans, 2017 [en ligne], acte n. 23713 (aposcripta-932), http://telma-chartes.irht.cnrs.fr/aposcripta/notice/23713 (mise à jour : 02/02/2021).